Les Carnets du Pleutre désignent mes tribulations dans le monde de DayZ, fabuleux mod multijoueur pour ArmA 2. Catapultés avec leur chibre et leur couteau (oubliez le couteau, en fait) dans une « Tchernarussie » en proie à une vilaine grippe zombie, les joueurs devront survivre à la faim, la soif, l’appétit des infectés et la cupidité de leur prochain. Gardons le meilleur pour la fin : mourir, c’est tout perdre et reprendre le jeu ailleurs, à oilpé. Souffrant de lacunes notoires en gestion du stress ainsi qu’en tactique militaire, j’ai vu en DayZ un choix vidéo ludique aussi sain que naturel. Pour la science.
Vient un moment où la flamme des débuts prend ses premiers reflets ternes et où quelques pincées de piment s’avèrent vitale et nécessaire pour un couple. Après des heures à jouer les chapardeurs d’épiceries, Saucisse et moi l’avions bien compris : on allait devoir se sortir les doigts, penser plus gros et surtout penser plus nombreux. Se trouver des amis, en somme, dans un coin où la rafale d’AK-47 vaut largement plus qu’un « Bonjour ». Oh y avait bien ce bougre qui nous avait collés au train sur quelques bornes l’autre soir. Mais après notre rencontre avec un franc-tireur à l’entrée de Хелм, pas moyen de remettre la main sur la face avant de sa boîte crânienne. Avouons-le : niveau amitié, c’était malpratique.
Поляна, 14:45
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On vient de se dégotter un duo d’enfoirés qu’avaient pas l’air d’en être à leur première sortie sur sol putréfié. Un grand rouquin qui se fait appeler Troll et un petit brun ambiance arabisante que l’autre nomme Frawd. Le premier, prudent du genre maladif, l’autre un putain de fondu à la gâchette fébrile. Si vous croisez un mec qui rampe en chuchotant dans les fourrés aux côtés d’un autre, qui gambade totalement à découvert et qui tire à vue : c’est eux. Tu parles d’un tandem en balsa. Pourtant, allez comprendre comment, ces gens-là continuent de faire mentir la sélection naturelle.
Шаховка, 15:07
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Depuis l’arrivée des nouveaux, Saucisse ne tient plus en place. Complètement euphorique à l’idée de transmettre sa science, il tient absolument à leur enseigner sa technique de pillage basée sur le principe de furtivité zéro. Faut dire que c’est un joli spectacle, pour sûr.
Alors que notre chemin borde une grange encerclée de zombies, le v’là qui coule une bielle : « Eh eh eh, dites, je vous montre ma technique hein dites ? ». Et de se mettre à détaler vers la baraque sans nous laissez le temps de répondre. Nos miches avant tout : tout le monde s’écrase dans les fougères et on le regarde faire son crâneur.
Un, deux, hop, quatre zombies au cul au moment de disparaître dans la grange. Voilàààà, ça c’est mon Belge ça ! De notre planque, l’angle est parfait pour voir les Z se bousculer au portillon de la ferme et y entrer au ralenti. BANG! Un premier qui s’effondre. BANG!BANG! Deux autres tombent raides au sol. BANG! Celle-ci c’était pour le trainard du groupe. Il est fort mon pote Saucisse tout de même. J’suis sûr qu’il va revenir les poches pleines de Maltesers.
BANG!
Comment ça « BANG » ? D’où quoi comment ? Non mais non, y avait quatre infectés. Quatre infectés, quatre « BANG », c’est facile à calculer, je l’ai fait sans ma Casio.
« Ouch… désolé vieux… » me lâche Frawd. Mais de quoi désolé ? JE NE COMPRENDS PAS ! Qu’on m’explique !
Une silhouette s’extirpe de la grange. Elle porte le pare-balle de Saucisse, la pétoire de Saucisse et le sac à dos de Saucisse. Toute la sainte panoplie, en fait. Mais ce n’est pas notre Belge. C’est un putain d’enculé de squatteur de grange, un type qui a attendu que les choses se calment avant de coller un pruneau dans la nuque de mon pote et de lui piquer ses frusques. J’m'en vais terminer ce parasite moi, tu vas voir.
Troll attrape le canon de mon flingue « Non mais tire pas ducon, tu vas nous faire repérer » – Il a raison, à cette distance, un crachat de grenaille ferait plus de bruit que de dommages. Puis rien ne me dit que l’enflure n’a pas quelques camarades surarmés qui surveillent son retour.
À contrecoeur, on laisse le type se faire la malle et on met le cap sur la direction opposée.
Дубровка, 15:38
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En chemin vers l’aérodrome au nord de Tchernaruss, Troll voit se dessiner une forme incertaine au sommet d’une colline. Ça parait humanoïde certes, mais ça fonce sur nous à la vitesse d’un petit Vespa et personnellement, ça me pose problème. « Oh le con, il est en vélo ». Dans un geste totalement réflexe, Frawd ponctue sa phrase d’une volée de cartouches 5.56mm en direction de notre petit Laurent Jalabert au coeur vaillant. Sans surprise, il touche au but. Instant poésie : au lieu de vaciller, la silhouette semble se déchirer par le milieu dans un brouillard de gouttelettes, comme si Frawd avait trouvé la languette d’ouverture facile. La mitrailleuse M249, un must pour toutes vos découpes et vos menus travaux.
On dira ce qu’on voudra, mais fumer un innocent à la grosse munition, qui plus est un écolo à bicyclette : ça détend.

Дубровка, 15:38
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Après quelques bornes de randonnée assaisonnée de vannes sur les cyclistes et la viande hachée, je propose une pause raviolis. On se pose au coin du feu et Laurel et Hardy en profitent pour me raconter leurs petites combines pour tenir la distance en Tchernarussie. Par exemple, comment faire d’un vilain revers de fortune une formidable occasion de se refaire et de faire croquer les copains. Morceaux choisis.
À peine réincarné sur la côte, le gars Troll trouve une âme errante en train de réparer une jeep militaire. Il taille le bout de gras quelques minutes avec le type, le minimum syndical pour le laisser finir sa bricole et négocier un trajet gratis jusqu’à Kamishovo. Arrivé à bon port, le bon samaritain gare son carrosse et coupe le contact, le temps de saluer Troll. Juste assez de temps pour prendre une bastos de sniper entre les deux yeux. Troll esquisse un signe de remerciement en direction du tireur embusqué, débarque le cadavre d’un coup de ranger et prend le volant de sa tire flambant neuve.
Ces mecs bossent donc en équipe et dévalisent tous les gogos un poil trop cons pour faire un tant soit peu confiance en l’être humain. J’en ai croisé des enculeurs de mamans, mais ces deux-là forcent le respect, tout de même.
Je déglutis difficilement mes dernières ravioles : non pas que l’anecdote de l’autostop ghetto m’ait déplu, notez. La description du trou dans le crâne du conducteur était même plutôt rigolote. Mais tout cela m’amène à une question fondamentale : qu’est-ce que je fous encore en vie ? Après tout, Saucisse puait l’opulence à une demie-borne avec son camouflage et son sac rempli jusqu’à la gueule. Mais moi ? J’allais plus être un boulet qu’autre chose, ni équipé, ni expérimenté, ni rien.
Je choisis de ne pas poser la question, de peur qu’ils ne se la soient pas posée non plus. Parait que dans dans la vie, y a ceux qui ont un flingue chargé et ceux qui creusent. J’espère juste qu’on ne me demandera pas de creuser.
Sud de Красностав, 16:02
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Troll et Frawd ont quelques potes éparpillés sur le continent, avec qui ils échangent de petits tuyaux sur les coins à éviter ou les opportunités à saisir. C’est comme ça qu’on a été mis au courant d’un hélico de combat, apparemment écrasé à la périphérie de Гвоздно. Ni une ni deux, on s’est mis sur le coup, t’imagines bien : cracher sur du matos militaire de première bourre quand les morts se mettent à gambader la campagne, c’est pas notre genre. Hanlala, j’espère qu’il y aura des jolis treillis. J’aime bien les jolis treillis moi, je trouve ça très chasse.

Гвоздно, 16:16
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On a enfin le crash en visuel. La carcasse gît en plein centre d’une clairière cernée de bosquets. Aux abord de l’engin, pas âme qui vive, mais une demie-douzaine de marcheurs au statut post-mortem évident. Probablement les membres d’équipage de l’hélico. Un coup de jumelles me suffit pour confirmer ma théorie : des infectés équipés en pare-balles, donc. Allons bon, c’était bien la seule attraction qui manquait dans le coin. Frawd caresse amoureusement sa M249, une flamme pré-coïtale dans le regard. Ce mec est un grand malade, mais vu l’état de nos réserves de munitions, c’est présentement le grand malade le plus providentiel qu’on puisse imaginer.
Гвоздно, 16:21
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En progressant allongé dans les hautes herbes, on réduit aisément la distance entre le butin et nous à moins d’une dizaine de mètres. Slalomer entre les Z nous aurait d’ailleurs fait gagner quelques belles enjambées de plus. Aurait, car Troll vient de tomber nez à nez avec un rampant et s’est trouvé forcé à faire un choix : c’était soit perdre un morceau de jugulaire soit la décharge de chevrotine à bout portant.
Merde, c’est bruyant, la chevrotine.
Гвоздно, 16:26
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Woah. Cette fois on a bien failli y rester. À peine le coup parti, la meute d’infectés s’est resserrée sur nous comme un essaim de salopes d’abeilles. Les borborygmes slavifiants en plus, évidemment. Frawd a fait cracher sa pétoire à 360° en hurlant pendant qu’on gardait la tête au ras du sol. Dans la confusion générale, j’ai vidé mon Makarov un peu au hasard entre les fougères, touchant un Z à la tête et en estropiant un autre. La théorie de Troll selon laquelle ma dernière balle lui aurait transpercé la cuisse me semble en revanche des plus improbables. Puis tout le monde est en vie, au final. Quel pinailleur.
Гвоздно, 16:28
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Pas bégueule, je m’occupe tout de même de rafistoler la jambe du rouquin – qu’on ne vienne pas me dire que je n’y mets pas du mien – pendant que Frawd fait les poches de nos potes putréfiés. Puis on entreprend de nettoyer les caches d’armes de l’engin : PP-19 Bizon, sniper AS50, poches de sang à plus savoir qu’en foutre et même un FAL avec lunette thermique. Ce nous fait somme toute un bon RPR. Mhh ? Le RPR ? Retour sur Prise de Risque. N’essayez pas de l’utiliser en jeu, je viens de l’inventer donc vous passeriez pour un gros mec de droite.
Adossé contre le nez de l’hélico, je me fais un petit instant Kinder Bueno en savourant notre petite victoire. L’Arabe et le Boitilleur me rejoignent, je distribue les Pepsi Max et c’est carrément l’heure du goûter, en tailleur au milieu des carcasses fumantes. Manquerait plus qu’un vol de perdreaux pour toucher à la Poésie sous sa forme la plus déviante.
BRAAKKA!…. BRAAKKA! BRAAKKA!
Trois rafales lointaines, trois tirs au but. Frawd et Troll ont chacun un trou béant à la place de la tête et mes poumons se remplissent de sang à grands flots.
Ca doit vraiment s’entendre de très loin, la chevrotine.
Комарово, 08:23
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Encore un réveil embrumé, encore un coin de plage inconnu…
Ainsi s’achèvent Les Carnets du Pleutre.
D’abord parce que toutes les (bonnes ?) choses ont une fin, mais aussi parce que mon coeur s’en va déjà voguer vers d’autres titres (et qui l’en blâmerait , z’avez-vu cette fin d’année ?) Que dire à propos de DayZ qui n’ait pas déjà été dit ici ? Que le moteur d’ArmA II est une insulte pour la cornée, que l’interface porte fièrement son 21ème chromosome à trois pattes et que le mod est tout simplement confit de bugs ?
Sauf que. C’est l’expérience la plus intense, la plus cruelle et la plus unique qui soit venue me taquiner le clic gauche depuis des temps immémoriaux. Jouez à DayZ. Même avec les genoux qui font bravo, jouez-y.
Les Carnets du Pleutre désignent mes tribulations dans le monde de DayZ, fabuleux mod multijoueur pour ArmA 2. Catapultés avec leur chibre et leur couteau (oubliez le couteau, en fait) dans une « Tchernarussie » en proie à une vilaine grippe zombie, les joueurs devront survivre à la faim, la soif, l’appétit des infectés et la cupidité de leur prochain. Gardons le meilleur pour la fin : mourir, c’est tout perdre et reprendre le jeu ailleurs, à oilpé. Souffrant de lacunes notoires en gestion du stress ainsi qu’en tactique militaire, j’ai vu en DayZ un choix vidéo ludique aussi sain que naturel. Pour la science.
Fraîchement propriétaire d’un fusil de précision, je prends la confiance à vitesse subluminique et décide d’aller me payer mon premier scalp de survivant. Puisque manifestement l’enfer c’est les autres, autant être l’enfer de quelqu’un, je veux dire.
Старый Собор, 10:25
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On ne pense jamais assez aux munitions. Souvent, on y pense trop tard, déjà à portée de tir, les doigts crispés sur la crosse de son arme. En ce qui me concerne, c’est en pressant la détente que j’ai réalisé que le pruneau qui quittait le canon était aussi le seul et unique dont je disposais. Pas un problème, me direz-vous, un tel fusil m’offrant a priori la garantie de tirer pour tuer. Pas un problème, pas un problème… vous en avez de belles, vous : encore fallait-il atteindre ma cible. Alors que je peste contre ma coordination mirettes/mimines absolument déplorable, ma proie dégaine son revolver et me juge d’un oeil rieur en trottinant vers moi. Une fois de plus, mes espoirs de dominer le rap jeu tchernarusse prennent un violent coup dans l’aile.
À l’Est de Каменка, 10:32
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Enième réveil en pleine pampa détrempée, non loin d’une petite équipe de malpolis en putréfaction. La bonne nouvelle, c’est que je me suis réincarné en moustachu. Oh pas la peine de te marrer tu sais, cette large bande de oilpés sous mes narines pourrait bien constituer le climax bien-être de ma journée : t’auras remarqué que c’est pas vraiment la teuf dans le coin. J’vais contourner la famille Gonorhée par la droite, tiens, ça leur apprendra à se déplacer en troupeau.
Au Sud de Березино, 10:36
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Enième réveil en pleine pampa détrempée. M’en voulez pas hein, mais on la refait : j’ai marché sur un mec sérieusement passé de date lors de ma petite manoeuvre. De là, le coup classique : le type m’a boulotté un bout de cheville avant d’entamer une lente et douloureuse ascension jusqu’à ma fémorale et j’ai conséquemment décèdé par la mort. Quelque part ça m’arrange, notez : me voilà, tout frais tout propre, dans un coin de la carte que je connais sur le bout des doigts. Je ne le sais pas encore, mais je suis à une poignée de minutes de faire la rencontre qui bouleversera mon quotidien de survivant : dans quelques centaines de mètres, je vais rencontrer un Belge.
« Saucisse » qu’il se fait appeler. Curieux nom, mais allez comprendre ce qu’il se passe dans la cafetière de ces gens-là. Au premier regard, j’ai su que c’était un garçon pas comme les autres. Peut-être parce qu’il n’a pas tiré à vue quand je suis passé à sa hauteur. Ça doit jouer un peu, j’imagine.
Березино, 11:17
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Saucisse, donc, c’est le gadjo qui m’a filé toutes les combines à connaître si tu ne veux pas finir poulet basquaise du côté de Нижнее. Faut le voir peaufiner sa stratégie quand on arrive aux abords d’un bled intoxiqué, je te jure, c’est une expérience :
« On va foncer tout droit, attirer tous les Z dans le Coccimarket et les dégommer pépèrlito là-bas » qu’y me dit.
À titre personnel, j’ai trouvé que c’était un peu un plan de merde mais j’ai préféré la boucler, parce que Saucisse portait un gros sac à dos. Et en Tchernarussie, c’est un peu le sac à dos qui fait l’homme, stuveux. C’est non seulement un signe extérieur de richesse, mais aussi la preuve que ce garçon n’en est pas à son premier nettoyage d’épicerie.
Nous voilà donc à galoper à travers Березино, avec – enfer et damnation – une bonne grosse dizaine de petits hépatiques aux basques. Encore bien marqué par mes derniers démélés avec les gens du cru, je m’engouffre dans le Coccimarket et file tout naturellement me rouler en boule au rayon linge de maison. Entre deux sanglots et un appel désespéré à ma douce maman – cette sainte femme – j’entraperçois ce fondu de Saucisse dégainer lentement son M1911 et s’allonger au sol en souriant. « Admire l’artiste » qu’il me dit. Je lève donc les yeux pour profiter d’un spectacle qui vaut effectivement le détour : les infectés sont littéralement incapables de courir à l’intérieur des bâtiments. La politesse et la rigueur slave jusque dans la mort, j’imagine. Pendant que mon Belge aligne les pauvrets venant se faire absoudre à la file indienne, je fais le plein de cassoulet, de mercurochrome et de Balistos miel/noix. On abandonne ensuite les derniers vilains à leurs bugs de collision et on se fait la malle par l’entrée de service en gloussant comme deux blogueuses. Il est 11h30, je n’ai ni faim ni soif et j’ai trouvé une montre Flik-Flak : super aprèm avec mon bestah au supermarché de Березино.
Хелм, 11:55
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Fort de ma nouvelle expérience et galvanisé par cette amitié naissante, je propose à Saucisse de devenir le Cortex de son Minus, le Laspalès de son Chevalier, le Robin de son Batman, bref en un mot comme en cent, je me propose en tant que fidèle écuyer et il accepte. On fait péter les cotillons, on boit un Pepso à notre petite entreprise et nous voilà sur la route.
Красностав, 16:37
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Ça fait maintenant plusieurs heures que mon ami d’outre-Quiévrain et moi-même dévalisons épiceries, hôpitaux et abris de fortune sans la moindre vergogne. Rien ne nous arrête, il ne pleut plus, c’est l’euphorie, je suis Thelma et lui c’est Louise. C’est toujours les mêmes gestes, vu que la technique du Coccimarket semble applicable ad nauseam et donne toujours d’excellents résultats : on investit bruyamment les lieux, on déglingue les zombies là où l’on a l’avantage du terrain et on se tire avec le magot. D’aucuns diraient qu’on commence même à se faire un peu chier : j’ai des conserves de sardines tout le tour du ventre et on a même improvisé une partie de Jenga avec les boîtes de médocs.
Mais jusqu’ici tout va bien.

A suivre dans Les Carnets du Pleutre :
La stratégie miracle de Saucisse atteint ses limites et j’apprends les bases de la propagation sonore d’un tir de shotgun, à mes dépens mais aussi à ceux de mes camarades.
Les Carnets du Pleutre désignent mes tribulations dans le monde de DayZ, fabuleux mod multijoueur pour ArmA 2. Catapultés avec leur chibre et leur couteau (oubliez le couteau, en fait) dans une « Tchernarussie » en proie à une vilaine grippe zombie, les joueurs devront survivre à la faim, la soif, l’appétit des infectés et la cupidité de leur prochain. Gardons le meilleur pour la fin : mourir, c’est tout perdre et reprendre le jeu ailleurs, à oilpé. Souffrant de lacunes notoires en gestion du stress ainsi qu’en tactique militaire, j’ai vu en DayZ un choix vidéo ludique aussi sain que naturel. Pour la science.
Ma rencontre avec Gérard l’exploitant fripon ne fut malheureusement que la première d’une longue série de déconvenues quant à l’hospitalité russe. Prenez Vassili, par exemple. Alors que j’improvisais un pique-nique bien mérité sur le toit de l’usine d’Электрозаводск (sardines/pepsi, haute gastronomie n’est-ce pas) l’animal m’a repéré de ses yeux morts et s’est mis en tête de venir me déloger de mon perchoir, parce que visiblement c’était SON TOIT D’USINE, À LUI, VRAI TCHERNARUSSE DE TCHERNARUSSIE. Je gis présentement huit mètres plus bas, une jambe cassée, l’autre servant de cure-dents à Vassili. Tout est allé très vite, mais si je devais résumer le tout en une brève leçon de vie : oui, les morts-vivants savent grimper aux échelles.
Камышово, 15:00
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Encore un réveil embrumé, encore un coin de plage inconnu. On dirait le jour de la Marmotte, avec moins de Bill Murray et plus de dégénérés cannibales. Rien à voir avec le jour de la Marmotte, du coup, mais c’est mes carnets à moi putain de merde me chauffe pas stp merci.
À force de canner comme une merde aux quatre coins de la carte, j’ai appris à lire le cyrillique des panneaux de signalisation : prenez la prononciation que le mot vous inspire, considérez que c’est exactement pas du tout ça et vous êtes bons. De toute façon, pas de panneau dans le coin, de la départementale à perte de vue à droite comme à gauche et pas même un bidule notable pour m’aider à me repérer. Autant dire qu’on n’est pas sorti du sable. Au hasard, cap sur la droite, comme aux présidentielles.
À l’est de Тулга, 15:12
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J’ai repéré un cadavre en travers de la route, une borne plus loin. M’enfin à cette distance, ç’aurait tout aussi bien pu être un pneu ou une vache, alors je me suis radiné un peu plus près. C’est bien un survivant. Enfin c’était. Haha, putain l’humour post-apo, comme je me kiffe. Ahem. À tous les coups le mec a pris la confiance et s’est fait sniper la bouche alors qu’il gambadait à découvert. Pas de bol. Je progresse donc en rampant, histoire de récupérer le chouette fusil que le macchab a encore en bandoulière.
A l’est de Тулга, 15:22
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On croirait pas comme ça, mais une demi-borne en crapahutant à plat ventre, c’est long. D’autant qu’il pleut à nouveau, comme de bien entendu. Dix minutes que je me traine sur le bitume à la vitesse ahurissante de dix centimètres par seconde et j’ai déjà de la flotte et des gravillons plein mon bénard. Oui, mais j’en ai vraiment besoin moi, de ce flingue.
À l’est de Тулга, 15:24
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J’y suis. Bordel je crève de froid mais j’y suis. Mazette, visez-moi le canon de ce tr…
Périphérie de Мста, 15:41
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Putain d’enculé. Putain. D’enfoiré. De lâche. Rhaaa. Merde, merde, merde.
Booooon ok, j’ai peut-être souffert un léger revers de situation. Un sniper attendait patiemment le prochain guignol amateur de goodies gratos. Probablement le genre d’emplumé qui squatte son sommet de colline, déguisé en fougère avec des branches plein le nez. Je peux pas blairer ces types. Mais comme un malheur arrive parfois seul (si si!) il compensait son vice évident par un skill au tir de précision inférieur ou égal à celui d’Amadou, le mec de Mariam.
J’ai pu prendre la tangente dans les sapins puis j’ai couru quelques bornes avant de reprendre mon souffle. Problème : à chacune de mes haltes, Amadou remet le couvert d’on ne sait où, avec la même imprécision crasse. Je me demande s’il cherche à me descendre ou juste à m’empêcher de m’alimenter. S’il espère vraiment me dégommer, l’imaginer rageant derrière sa lunette me réchauffe un brin le coeur. Mais la théorie d’un pervers nutritionnel, ça en revanche, c’est super dérangeant.
Pour couronner le tout, je trimbale deux infectés dans mon sillage, probablement attirés par le spectacle d’un type trempé de la tête aux pieds courant à perdre haleine en hurlant « Putain assure, juste le temps d’un Bounty làààààà ! ».
Старое, 15:48
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Oh yeah. Mes déjà trop nombreux décès en territoire zombie n’auront pas été vains : je commence à comprendre comment lourder ces abrutis sans dommages. D’ailleurs même Amadou semble avoir perdu ma trace. Ou… ou peut-être s’est-il lassé de moi ? Merde, ça me fait un petit quelque chose en dedans. Je veux dire, ok ce mec était vicelard et violent, mais on avait une bonne dynamique tous les deux, on a eu nos bons moments. Puis c’est pas comme s’il pouvait VRAIMENT me faire du mal. Han et puis merde. Je retourne le chercher : on ne laisse pas bébé Gautoz dans un coin.
Périphérie de Мста, 15:56
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Ô, mon bel Amadou. Que t’ont-ils fait ?
Je n’ai pas tardé à retrouver mon doux tortionnaire, les deux jambes pétées, sombrant doucement dans le coma entre deux sapins. L’histoire ne dira jamais comment il s’est fait ça. Mes poursuivants putréfiés se seront peut-être rabattus sur lui. Ou aura-t-il simplement trébuché comme un gros nigaud. En tout cas le voilà bien mal en point, mais j’ai heureusement de quoi le rafisto…
Wowowowo, attendez une seconde. Mais je suis en plein Stockholm moi !
Ah oui mais non. Non non non. Je vais pas te rafistoler du tout mon vieux. Je vais commencer par te faire les poches et te piquer ta carabine de gosse-beau, déjà. Puis je vais prendre ton sac à dos aussi, tiens. Wohoho mais dis-moi, c’est le super-jackpot là-dedans : raviolis, gaspacho, une gourde pleine et assez de sodas pour me refaire l’oesophage au glucose ? C’est qu’il était gourmand le petit comateux ! Tiens, regarde, je vais me poser un peu à côté de toi, puis je vais me faire un petit festin en te regardant passer l’arme à gauche.
Avoue : on n’est pas bien là, en amoureux ?
A suivre dans Les Carnets du Pleutre :
J’assiste, impuissant, à l’agression d’un survivant par une porte de grange buggée et je rencontre un belge sympa. Mais un peu zinzin, quand même.
Les Carnets du Pleutre désignent mes tribulations dans le monde de DayZ, fabuleux mod multijoueur pour ArmA 2. Catapultés avec leur chibre et leur couteau (oubliez le couteau, en fait) dans une « Tchernarussie » en proie à une vilaine grippe zombie, les joueurs devront survivre à la faim, la soif, l’appétit des infectés et la cupidité de leur prochain. Gardons le meilleur pour la fin : mourir, c’est tout perdre et reprendre le jeu ailleurs, à oilpé. Souffrant de lacunes notoires en gestion du stress ainsi qu’en tactique militaire, j’ai vu en DayZ un choix vidéo ludique aussi sain que naturel. Pour la science.
Réveil sur la plage, la tronche comme un compteur à gaz et les poches vides, exception faite d’un bandage et d’une boîte d’Advil. On se les caille, il fait gris et le panneau jauni qui trône un peu plus loin semble vouloir me faire croire que je suis à deux bornes d’Электрозаводск. C’est plutôt surprenant, étant donné que 1) j’entrave que dalle question alphabet cyrillique, 2) je n’aime pas le boeuf Strogonoff. Ceci mes petits, est un lendemain de veille des plus inquiétants. Je ne sais pas ce que je me suis mis au pub hier soir, mais devait pas y avoir que de la San Pé. M’est avis que le walk of shame va être un poil plus long que d’habitude.
Mais trouvons un abri, d’abord : il commence à flotter dru et j’ai encore laissé mon caban au bar, con que je suis. Un coup d’oeil alentour me suffit à repérer au loin une ferme et ses dépendances en bordure de route. La grange ferait d’ailleurs un parfait refuge. C’est certes un peu prolo, mais quand on émerge du coltard dans un pays étranger sans son iPhone ni ses clopes, j’imagine qu’un sacrifice de plus ou de moins… Bref. Je trace comme un dératé sous la pluie, direction la providentielle bicoque. Quelques dizaines de mètres supplémentaires et j’aperçois le taulier qui semble faire le planton devant son palace. Coolasse, que j’me dis, avec du pot il pourra même m’indiquer le chemin ! J’accompagne maintenant mon élégante foulée détrempée de grands gestes à son attention : nous ne voudrions pas effrayer l’indigène sans nous annoncer, n’est-ce-pas. Alors je ne sais pas si les étrangers se font rares ou quoi ou qu’est-ce que, mais aussitôt le gus m’a-t-il repéré qu’il se met à courir à ma rencontre en poussant des gargouillis hystériques. Alleluia bordel ! La fameuse hospitalité des gens de l’Est, je parie que le brave homme m’apporte même un parapluie. Le voilà qui arrive.
Merde, il a du coffre ce con, qu’est ce qu’il braille ? Son blaze peut-être ? Oh mais dites-donc, la vilaine gueule, ouh le vilain grain de peau que voilà ! C’est un vrai fermier ça : j’en ai vu des pareils sur M6. Mais c’est qu’il est tactile en plus… L’accolade est virile, quoiqu’empreinte d’une forte odeur de rance, mais peu importe. De toute façon j’ai commencé à relativiser les petits détails il y a précisément deux secondes, quand l’enfoiré en salopette m’a renversé à terre avant de me barboter un bout de jugulaire d’un coup de machoire.
Bien. Bien bien bien. Voilà qui est parfait. Je suis en état de choc au bord d’une départementale russe et un métayer manifestement prénommé GEEEEEEERAAAAAARD improvise une collation à même mon abdomen. On dira ce qu’on voudra, c’est vraiment une autre culture. Pendant que le bougre s’affaire, j’imagine une tripotée d’échappatoires de génie : l’étrangler avec le bandage restant dans ma poche arrière, lui lancer des anti-inflammatoires taillés en pointe dans les yeux, ce genre de trucs. Mais c’est peine perdue, paralysé que je suis à la vue de mon intestin grêle que le goinfre déroule délicatement sur le bitume.
Ma foi, ces deux minutes et trente quatre secondes fûrent des plus délicieuses. Si ça ne vous dérange pas, je vais rester un peu ici et réfléchir au sens de la vie. De toute façon, Gérard m’a l’air d’avoir une sacrée dalle, aussi le laisserai-je finir son assiette.
A suivre dans Les Carnets du Pleutre :
Maintenant terrorisé par les représentants de la profession agricole, je découvre l’emplacement de la touche « S’accroupir » et entame une respectable collection de conserves vides.
Hello. Hello.
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