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Dragon Age 2 : Balladur’s Gate

avr 21, 2011
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Considérons un guitariste. Appellons le Jean-Luc. Jean-Luc Bioware. Jean-Luc a passé ces dix dernières années à tenter de reproduire le son vintage de… disons… Santana, ce dans le seul but de faire vibrer les foules mélomanes et averties. Non sans mal, JL a fini par trouver son groove et par sortir une pure galette saluée par un succès d’estime bien mérité. L’année suivante, le public attend JL au tournant, normal. Imaginons alors qu’une fois balancé sur votre platine, son nouvel album sonne comme un hommage au défunt groupe Kyo. Tout ça parce que Jean-Luc est un gros faible et qu’il avait très envie de chopper fastoche de la midinette barely legal. C’est compréhensible, cher Jean-Luc, d’avoir très envie de croquer sans trop se fouler. Mais ça ne force par vraiment le respect. Dragon Age 2, ou l’histoire d’un jeu qui avait tout pour réussir et dont on a sacrifié l’héritage sur les autels du multiplateformes et des gros euros.


Le fameux système de combat qui te faisait toucher du petit doigt tes souvenirs émus de Baldur’s Gate ? Pouf, envolé. En lieu et place : des échauffourées visuellement percutantes mais aux prétentions tactiques proches du zéro (des respawns en cours de baston… DES RESPAWNS EN COURS DE BASTON !) Le friendly-fire a disparu, sauf s’il vous prend l’attendrissante idée de jouer en niveau de difficulté hardcore : à ce niveau, le jeu passe simplement en mode cauchemar injouable. Peste, choléra.

L’aventure déjà bien platounette se trouve dès le départ plombée par une narration in-game complètement aux fraises, avec de gros éclats de World of Warcraft dedans : on repère un marqueur jaune sur un PNJ ou un objet, on clique, on file dessouder du pas beau, on revient collecter son dû. Alors bon… je suis peut-être un peu tatillon, mais personnellement j’aime bien comprendre les tenants et les aboutissants de mes décapitations à la chaîne. Vu le poids que pèse une épée, je préfère ne pas faire de grands moulinets avec pour rien, quoi. C’est pour cela que j’ai toujours été un fervent adepte du journal de quêtes façon Bioware, souvent bluffant de profondeur et de souci du détail. Dommage, le journal de Dragon Age 2 a été réduit à un listing lapidaire, type liste de courses pour le Franprix du coin : acheter du pain de mie, démembrer Anaeryn l’elfe antipathique, livrer les culottes de Blagzog à Blagzog…

« Mais, je ne connais pas de Blagzog, j’ai trouvé cet item par terre ! »
- N’aie craintes Chevalier, quand tu le croiseras, tu sauras : il portera une marque jaune sur la tête.
« Ah.. euh.. bin ok… »

Pourtant, en bon garçon tolérant, je suis prêt à passer outre ce type d’énormités, si tant est qu’on me file ma dose de fun. J’étais donc en droit d’attendre des quêtes faisant la part belle à la variété et aux surprises… Là encore, peau d’zob : Bioware recycle les donjons d’une quête à l’autre (sans même en changer la topographie, smells like cheap spirit) et les quêtes annexes ont « Durée de vie artificielle » tatoué sur le front.

Alors certes, le tout est plutôt joli (un pack de textures haute def’ plus tard, en tout cas) et le niveau d’écriture des dialogues est relativement fantastique, en plus d’être porté par un doublage anglais d’excellente facture. Mais j’avais pas demandé Rhétorique Simulator HD, j’avais demandé Dragon Age 2.

Je vais pas te la faire à la bosniaque, j’ai pas dépassé les 18 heures de jeu. Donc si ça se trouve « ça devient génial sa race au bout de 20h » (y a toujours un guignol dans ton entourage pour te dire ça. Super Connard ? Oh oui c’est lui !) Mais j’estime qu’un jeu qui devient sympathique au bout de 20 heures est un jeu foncièrement mal branlé. Si tu penses à Final Fantasy XIII, tu viens de perdre le jeu.

Bref, là où ça devient très rigolo, c’est que les joueurs ne s’y sont pas trompés : le jeu fait un joli flop et Bioware le vend déjà en bundle avec Mass Effect , de manière aussi grossière que ton hypermarché te colle les Maltesers juste avant les caisses à côté des Snickers, vu que les Maltesers, c’est pas bon. Tiens, Mass Effect justement : en voilà une franchise qui a su négocier son virage « casual » tout en préservant sa substantifique moëlle des longues canines des éditeurs. Deux fils prodigues, ç’eut été trop beau.

RIP cher Dragon Age, tombé au champs d’honneur sous les carreaux acérés du business. Tout ça pour ne pas se vendre, au final. Un beau petit gâchis.

Mon moche à moi

fév 4, 2011
5 Commentaires

Détourner du Patricia Kaas dans un titre de billet. Voilà qui disparait de ma longue liste des « Trucs Ignobles à Faire avant la Mort ». Prochaine étape : cette idée d’un attelage de lapins nains tractant une Punto. J’envoie ça au service Recherche & Développement sur l’heure.

Dis moi lecteur, t’es plutôt esthète quand on vient à parler de jeux vidéo ? Je veux dire : la gueule du héros que tu incarnes joue-t-elle un rôle dans le plaisir que tu prends à le diriger ? En bref : t’es un gros poseur ou bieng ? C’est une question que je ne m’étais jamais trop posé jusqu’ici. En même temps c’était pas difficile de passer à côté du mindfuck : depuis quinze ans l’industrie nous arrose copieusement de protagonistes qui puent la classe. Avouons que les occasions d’incarner des Jean-Claude Convenant ou autres guignols mal mis ont été relativement rares.

Cloud, Squall, Snake, JC Denton et plus dernièrement John Marston : ouais, suffit de regarder mes gros coups de coeur de joueur pour comprendre que je suis une grosse whore nourrie aux poses de gosse-beaux. Et ça c’est moche, tu sais pourquoi ? Parce que plus le temps passe et plus les héros uniques laissent place à des faciès complètement modulables, des boules Play-Doh prêtes à accueillir nos créativités débridées. Finie donc, la belle époque où le seul jeu à t’enquiquiner avec un générateur de persos un peu serious c’était The Sims. A partir de là, deux écoles : d’un côté la sécurité, avec un générateur à base de presets (WoW, Fallout) de l’autre le véritable logiciel de terraforming facial, où  un curseur mal dosé t’affuble du menton de Grichka Bogdanov pour les 20 prochaines heures de jeu. Ce qui la fout un tout petit peu mal, l’air de rien.

Et bien figures-toi que j’en prends mon parti, moi, de cette dangereuse seconde option. Je viens de parcourir la galaxie en long/large/travers dans la peau d’une tête de con notoire… et j’ai aimé ça.


Non non les potes, dans ma réalité, le Commandant Shepard n’est pas tout à fait beau et fringant : il a surtout l’air d’avoir été embauché sur le Normandy pour remplir le quotas de simplets. Tout avait pourtant si bien commencé : dans l’éditeur de persos, mon gros Shep’ avait tout de la gravure de mode doublée du Prix Nobel de Physique : belle gueule, l’air un peu bourru et sévère, je le voyais déjà atomiser le truand de l’espace, épargner l’orphelin et pécho la veuve (l’ordre est important). C’était sans compter sur la constance de Bioware lorsqu’il s’agit de l’interface de création : une fois in-game, c’est fifty-fifty entre « YATA » et « WHAAAAAAT ? ».


J’avais eu droit à un « WHAAAAAAT ? » en commençant Dragon Age, heureusement rattrapé en modifiant ma sauvegarde via le SDK de Bioware… Oh eh, ça va hein : je suis pas timbré, je suis esthète, ok ? Esthète ! Bref. Quand j’ai réalisé que le Commandant Sheppard avait vraiment tout du Balayeur Sheppard, je me suis jeté sur Google à la recherche d’une issue à cet EMINENT problème. Et bin peau d’zob, nada, no can do comme disent les étatsuniens. Perdu dans l’espace avec l’idiot du village.

Quelque demi-douzaines d’heures de jeu plus tard, je voudrais te faire un bisous, Monsieur (Madame ?) Bioware. Alors soit, ton éditeur de persos pue un peu du bec, soit… Mais quand tu te retrouves les larmiches aux yeux, concerné par le destin d’un machin avec la gueule de mon Commandant Sheppard à moi, tu te dis qu’il y a magie noire quelque part. Tu comprends que t’as affaire à une qualité d’écriture de ouf’malade, tant dans l’univers installé que dans les dialogues et dans l’image que le jeu te « renvoie » de ton héros, au délà de son apparence. Tu réalises que le coup du culte du héros sur la base d’une coquille vide dans laquelle tu as collé tes choix, on te l’avait jamais fait.

En toute logique, j’ai embrayé sur Mass Effect 2 presque immédiatement. Puis vint le dilemme tant redouté : récupérer mon Sheppard ? ou me recréer un héros de toute pièce, libéré des affres du crétinisme ? J’ai du mettre environ 0.3 secondes à me décider.

Saute dans le cockpit mon beau débile, on va casser du xénomorphe !

L’amour rend aveugle, GG Bioware.

Tout est dans le sourcil. Tout.

Drap-Gonade-Jeu

oct 28, 2010
2 Commentaires

Incroyable, je viens de finir un jeu Bioware. Enfin, je dis « incroyable » :  loin de moi l’idée de conspuer le studio et ses réalisations, bien au contraire. C’est juste que ça faisait un bail. La faute au hasard et au manque de temps, ces deux fieffés fils de bougresse, qui m’ont tenu à l’écart des Mass Effect et autres Dragon Age… Jusqu’à aujourd’hui.

Ah… Dragon Age. Persévérer tout au long d’un tel volume d’heures de jeu, j’avais presque perdu l’habitude. La vérité c’est qu’il n’a pas été nécessaire de persévérer. J’ai plongé tout net. Un vrai plaisir de tâter un RPG occidental de cette trempe, à cheval entre l’époque D&D et les systèmes simplifiés à la KOTOR. Pourtant au premier contact, pas de coup de foudre : j’ai entamé le titre du bout des dents, pas sûr d’accrocher à cet univers classico-classique. C’est fou ce que l’on peut devenir exigeant avec les années. Si on m’avait collé Dragon Age dans les pognes dix ans en arrière, j’aurai instantanément plaqué ma scolarité pour ne faire plus qu’y jouer. En 2010, j’ai commencé par chouiner : « Des humains, des nains, des elfes et des mages, bien les potes, super original !« , « Moui, la DA n’est pas ouf’malad, ça manque de saveur… » Bon par contre j’ai vite compris que c’était comme juger la surface de l’eau avant de plonger en combi : quand tu remontes quatre heures après, tu fermes un peu bien ta bouche.


Là c’est ouam. Je fais un peu grise mine parce que je me suis mis de la sauce arrabiata partout.

Du roleplaying à gogo, de gros emprunts assumés à Tolkien pour le scénario (ça marche bien !) et la juste noisette de piment niveau difficulté : bon, très bon moment même. Ceci dit, contrairement à ce que ferait le moi de 2002 (2,21 GIGOWATTS !) je n’embrayerai pas directement sur les add-ons. Et non. En 2010, le Gautoz a les dents du fond qui baignent bien plus vite qu’avant. Au delà de 40 heures sur un titre, le bon esprit se mue en impatience, voire en acharnement. Je boucle les dernières heures les dents serrées, l’objectif n’étant non plus de terminer une aventure, mais de pouvoir enfin en débuter une nouvelle. Oui parce qu’en plus d’être boulimique, je suis monotâche. Le gendre parfait, parlez-en à vos ami(e)s.

Quoiqu’il en soit, me voilà réconcilié avec le RPG, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur c’est que je suis parfaitement vierge de la saga Mass Effect, que j’aurai toujours un petit DLC de Dragon Age dans un coin pour les longues soirées d’hiver et que la suite s’annonce effin’ épique. Le pire c’est que j’ai encore et toujours un travail, des amis, une famille. Tant d’ignobles parasites qui vont à coup sûr tenter de me détourner de l’élévation suprême : lorsque l’homme, son caleçon à fleurs, sa souris et son paquet de Golden Grahams ne font plus qu’un. Toi-même tu sais.


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