Salut à toi, Etranger. Tu m’excuses une seconde ? Je vire mes santiags, je pose ma Winchester et j’te sers un scotch, ok ? Dis donc, j’te regarde là, affalé dans mon salon… et j’me permets de te demander, mais vraiment juste pour information : qu’est ce que tu fous là ?!
Gné ? Comment ça “un test” ? Il était question d’un test de Red Dead Redemption ? Chez moi ? Damned, encore un truc qui a du m’échapper. Tu sais, j’ai un peu passé trois semaines loin du bruit de la ville, avec les tatous et les coyotes… alors tes histoires de délais, pour moi c’est un peu du Peau-Rouge vois-tu ? Mais soit, tu veux qu’on discute pantalons à franges ? On va discuter pantalons à franges.
Tout commence avec le voyage en train du hors-la-loi John Marston, placé sous escorte policière jusqu’au terminus en gare d’Armadillo, aux frontières du Mexique. En apparence, John a tout de la brute épaisse sans scrupules, encadré par deux représentants de la loi et de l’ordre, deux parfaits VRP d’un 20ème siècle naissant. Le gouvernement envoie notre héros expier ses péchés en traquant ses anciens acolytes, au pays de la violence gratuite et du racisme ordinaire. Mais nous sommes ici dans une production Rockstar San Diego, aussi les bons, les brutes et les truands pourraient bien échanger leurs rôles plus vite que leurs ombres. En effet, John avait déjà largement raccroché les flingues. S’il reprend du service, c’est uniquement parceque le gouvernement tient sa famille en otage…
Le pitch est représentatif du niveau d’écriture et de la subversivité chers à Rockstar. L’intrigue plaçée à la fin du 19ème siècle fait de nous les témoins d’un Far West américain en déclin, dans lequel les valeurs de John font de lui un dinosaure, laissé sur le bord de la route par une société qui court à l’industrialisation, par tous les moyens possibles. On touche aux concepts de valeurs, de vertu, d’honnêteté et de tolérance : du pain béni pour Rockstar qui, comme dans GTA, multiplie les parallèles piquants avec notre société contemporaine.
La reconstitution historique pure est dopée aux références hollywoodiennes, pour nous offrir une variété des situations, des lieux et de personnages assez incroyable. La galerie de PNJ est à ce titre très haute en couleur et offre des séquences de dialogues ciselées comme on aime. Mention spéciale pour Mr West Dickens, le charlatan lambda, revisité à la sauce “ambianceur de la loose”. J’ai ri plus d’une fois.
En matière de Free Roaming, Red Dead Redemption fait très fort et propose probablement les plus grands et les plus beaux espaces ouverts jamais vus. La carte du jeu s’étend des pâturages domestiqués des fermes américaines aux terres arides et inhospitalières du Mexique. A chaque région sa faune, sa flore, son relief et sa luminosité singulière. A ce propos, les effets de lumière ont été particulièrement travaillés, avec des contrejours et des halos vraiment bluffants. On se surprend à chevaucher au pas, en admirant l’aube filtrant à travers les arbres, ou à partir chasser de nuit, pour le seul plaisir d’être baigné par le clair de lune. Oui, je suis comme ça, pas vous ?
Un background travaillé et subversif, des personnages attachants et un open world gigantesque et très bien réalisé, Read Dead Redemption serait donc un GTA au pays des bisons ? Ni plus ni moins ? (Vous constaterez la forme rhétorique éculée, qui implicitement appelle ma phrase suivant…)
Grands Dieux non ! C’est là où Rockstar fait très fort : prendre le meilleur de GTA sans jamais s’en cacher et y insuffler un truc magique : LA VIE.
L’univers de Red Dead Redemption existe avec ou sans John Marston. Les villages sont persécutées par des bandes de pillards, les ivrognes pètent un boular au saloon, les diligences sont attaquées en pleine pampa… Intervenez en faveur d’une des parties et votre Réputation s’en verra renforcée. Le camp que vous choisirez définira la direction de votre jauge d’Honneur, symétrique celle-là. Les chevauchées solitaire sont ainsi rythmées de rencontres fortuites : des animaux sauvages qui vous attaquent, une demoiselle en détresse, une pendaison improvisée… En tout il doit bien exister une trentaine d’évènements aléatoires, et je ne suis pas sûr de les avoir tous rencontrés. Les villes offrent également de nombreux pièges qui risquent de démultiplier “dangereusement” votre temps de jeu : tables de black-jack, poker, jeu du couteau, lancer de fer à cheval…
La colonne vertébrale du jeu est composée d’une cinquantaine de missions principales, autour desquelles s’articulent les “services”, des quêtes secondaires qu’on pourra compléter quand bon nous semblera, ainsi que de nombreux défis (As de la gâchette, Chasseur de prime, Grand Chasseur, Botaniste, etc). Relever ces défis influera sur vos jauges et vous donnera accès à de nouveaux costumes et de nouveaux items.
L’univers de RDR est tellement fourmillant et immersif qu’il en devient difficile à décrire de manière globale. Situé à la croisée des chemins entre la reconstitution fidèle, le western hollywoodien et l’usine à fun, le titre de Rockstar m’a clairement passionné 25 heures durant. On quitte un village avec un objectif précis, et l’on reprend conscience quelques heures plus tard, trottant sous la lune après s’être taillé une solide réputation de chasseur de prime ou avoir admiré les paysages entre deux faits d’armes. Le jeu n’est pas exempt de défauts à mon sens, comme une morale un brin plus orientée que dans GTA (on a plus envie de faire le bien que le mal) ou ces dernières quêtes du scénario principal qui cassent le rythme, mais au prix d’un twist final qui ne manquera pas de retourner quelques têtes. Dire que ces défauts ternissent la qualité du titre serait mentir, Rockstar a réussi le pari risqué de transposer ses mécaniques de jeu puis de les transcender en tirant le meilleur parti de cet Ouest américain vieillissant. GO BUY IT !