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KrKrKritique : Syndicate

mar 19, 2012
KrKrKritique : Syndicate

Voici venu le temps de la KrKrKritique, cet exercice masochiste au cours duquel, pour toi lecteur, je renonce à un agréable dimanche après-midi par amour du risque. Six heures que je pourrais passer à humer la pollution au bord du Canal St Martin, sacrifiées dans le test d’un jeu que je conspue avant même d’en avoir déchiré l’emballage. Pétaire et Stévaine seraient si fiers.

C’est fou la curiosité morbide, parfois. Prenez Syndicate, par exemple. Six mois (à une vache près, hein) qu’on nous arrose régulièrement d’images d’un cyberpunk bien propret et de trailers au mélopées electrolol entêtantes : six mois que je me gausse dans mon coin comme une grosse baleine, mais que je l’attends impatiemment, comme on attend le con de son diner de cons. Je le confesse, tout cela n’est pas très commerce équitable de ma part vis-à-vis des mecs de chez Starbreeze, qui m’ont quand même bien régalé le disque dur par le passé (Chronicles of Riddick, bon sang de bois). Notez que pour ma défense, je pourrais vous monter un joli flan à propos de mon amour pour le jeu original de Bullfrog, sorti en 1993. Je pourrais déchirer mes vêtements et chier sur l’idée même d’une adaptation, qui plus est à la sauce FPS, comme un bon paquet de mes contemporains. Mais ce serait oublier le fait que je n’ai jamais passé qu’une heure sur le titre de Peter Molyneux (j’en vois au fond qui aiguisent des petits caillous pointus, allez-y, c’est bien fait pour ma gueule) Rien à secouer de l’héritage, donc. Et vive la haine gratuite, saine et sport. Au pire, le jeu me donnait raison (ce qui fait tout de même plus de bien qu’un coup de pied au cul) au mieux j’écopais d’une chouette surprise. Oui, mais non.

Syndicate, c’est l’histoire d’un mec à qui on a implanté des bidules cyber-du-futur sans qu’il ait rien demandé, qu’on va charger de protéger les intérêts d’une multinationale un poil ripoux et qui va tout naturellement se retourner contre ses maîtres employeurs suite à une discussion un peu sérieuse avec des alter-mondialistes. C’est Deus Ex, c’est Invisible War, c’est Human Revolution et c’est finalement à peu près le seul scénario que les scribes du jeu vidéo semblent parvenir à tirer de l’univers cyber-punk. Sauf qu’au contraire des jeux sur cités, on est ici sur un bon vieux shooter à papa, qui nous inflige une enfilade assez impressionnante de clichés éculés, sans trop nous demander notre avis. Alors certes, c’est un FPS et on n’est pas là pour beurrer les sandwichs en parlant transhumanisme. Mais quand on décide « d’adapter » une licence sensée parler aux gens qui jouaient sur PC en 1993 (comprendre « vieux ») faudrait voir à pas s’étonner si ça roule des yeux très fort quand on voit débarquer Modern Warfare portant des petites lunettes sur le nez et un bouquin de K. Dick sous le bras pour faire genre. « Cyber-BRLAA BRLAA 2012″, comme titre, c’était bien aussi, hein.

La lumière selon Syndicate, avec les dalles lumineuses de Billie Jean en bonux lessive

Et du pan-pan, on en distribue par chargeurs de 12 dans Syndicate. Pan dans les couloirs, braaa-braaa dans les arènes, puis re-pan dans les couloirs. Ça railshoot pas mal en 2069, va falloir vous coller ça dans le crâne. C’est donc toujours tout droit jusqu’à la prochaine porte, où vous attend sagement la prochaine poignée de mercenaires. Des mecs plutôt à la cool, d’ailleurs, qui ne tenteront quasiment jamais le contournement ou la petite surprise serbo-croate. Se laisser vaporiser sans ergoter : une preuve de bon goût et de correction, respect les mecs.

Pour apporter la mort aux légions de crétins, l’ami Kilo (Miles Kilo, mais on l’appelle Kilo parce que ça fait un peu plus très beaucoup fütüristich) dispose du parfait petit kit de l’Agent nano-chouette : quelques pétoires du futur, bien entendu, mais aussi et surtout le tout nouvel implant DART 6 logé dans sa cafetière. Grâce à lui on pourra passer temporairement en vision DART, sorte de combo bullet time/wallhack plutôt pratique, mais aussi pirater les obsolètes puces adverses. Une fois dans le cerveau des enfoirés d’en face, on pourra à loisir enrayer leurs armes, les pousser au suicide à la grenade ou les forcer à se retourner contre leurs petits camarades. Alors quoi ? C’est une guerre industrielle, toute la profession comprend rapidement que Kilo se trimballe avec le dernier prototype d’implant qui met la misère à la concurrence… et vague après vague, ils envoient quand même leurs troufions qui tournent sous Windows Millenium et qu’on pousse dans la tombe d’un clic ? Vraiment ? Je veux dire, des mecs malins enverraient des humains non modifiés, des nains en monocycle ou des chèvres équipées d’arbalètes NERF, mais pas ça. Mais je m’égare. Dans les premiers temps, le système s’avère plutôt sympa à utiliser. Au bout de deux heures, exception faite de quelques surhommes impossible à égratigner sans hacker leur bouclier au préalable, on est malheureusement en plein gadget.

Say hello to my little fr… OOOooohh, what a lovely sun ! 

Grâce à sa super puce de l’angoisse, le gars Kilo pourra également ouvrir les portes à distance, overclocker les rasoirs Gillette ou appeler un ascenseur sans les mains. Outre les possibilités évidentes en matière d’esbroufe pendant les séjours d’entreprise, le tout servira avant tout à la résolution de puzzles assez convenus (moi vouloir passerelle, toi déployer passerelle) et lors des quelques rencontres avec des boss qui rythmeront un poil la promenade. Bon point : sans être mémorables, ces derniers s’avèrent beaucoup plus digestes que ceux de Deus Ex, derniers bossfights FPS en date dans mon calendrier. Indulgence fût donc de mise, même si le coup de l’anthropomorphe capable d’encaisser 12 tonnes de plomb dans la paillasse sans broncher, va vraiment falloir arrêter, maintenant.

Une fois les gêneurs envoyés ad patres, il sera de bon ton de leur soustraire leurs implants pour les ajouter à votre collection. Une belle grosse sonde bien pointue enfoncée dans le crâne et c’est parti pour l’extraction sanglante, à grands renforts de zooms intra-crâniens et autres bruitages de piratage (l’une des plus belles inventions ça, les « bruitages de piratage ». Ahem) Stockées dans ces trophées de guerre : des nano-augmentations que Kilo pourra faire siennes pour, pèle-mêle, rallonger la durée du mode DART, absorber le recul des armes ou améliorer son système d’auto-regen (oui, t’as bien lu : Améliorer. L’auto-regen) Dans l’ensemble, ces améliorations vous serviront surtout à compenser les situations de fort surnombre et les quelques pics de difficulté injustifiés du jeu. Inutile d’espérer y trouver une diversification des possibles. Et c’est bien dommage. Même si je vous l’avais dit.

Encore un lupus.

Syndicate est l’exemple typique du jeu à soldes. C’est l’histoire d’un technicien de surface suréquipé à qui l’on fait nettoyer immeuble mal éclairé sur immeuble mal éclairé sans trop lui expliquer le pourquoi du comment. On s’amuse une heure ou deux et avant même que l’on ne s’en rende compte, on tourne déjà en rond. Cependant, si l’idée de faire sauter du crâne de cybersoldat sans se poser de questions vous chatouille depuis Human Revolution, le jeu saura peut-être vous dépanner. Attention toutefois : si le feeling des gunfights est certes plus solide que dans ce dernier, on dépasse rarement l’intérêt et le « plaisir » d’un Call Of Duty, système de hacking ou pas. C’est dire un peu la tristesse. Notez également que donner votre argent à EA et Starbreeze sur ce coup, ce sera cautionner ce que l’histoire retiendra peut-être un jour comme l’équivalent vidéo-ludique de l’assassinat du duc François Ferdinand d’Autriche : le jour où un jeu a brisé le dernier sceau des Enfers en proposant la première séquence jouable sur fond de Skrillex. Vous voilà prévenus.

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La KrKrKritique récompense les jeux dont je n’attendais absolument rien et qui ont su ne pas décevoir. De fait, la KrKrKritique est souvent un billet foncièrement à charge, dénué de toute objectivité, parfois peu respectueux des mamans. Tirer sur mamie, pousser l’ambulance dans les orties, parfois ça fait du bien au moral. Et puis je suis chez moi, merde.


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