

A l’Origin, je n’avais pas envie de parler de cette bêta de Battlefield 3. Mais alors pas du tout. Je me sentais même investi d’une mission sacrée : je devais être le résistant, celui qui pondrait un pamphlet rageux au fil duquel il se serait dressé face à un goliath de l’industrie en moulinant des poings, celui qui aurait scandé haut et fort “Va-t-en, démon des Arts Electroniques ! Tu n’auras pas mes espèces, ni en préco ni jamais”. C’eut été une bien jolie manoeuvre, j’aurais pu marcher vers l’horizon avec le coucher de soleil dans le dos et tout ça aurait un peu pété la classe. Problème : ce Battlefield 3 s’annonce d’ores et déjà comme un gigantesque distributeur à dopamine. Un gros concentré de tension, qu’Electronic Arts aura gentiment pris soin d’emballer dans six couches d’excréments séchés. Quelques heures de jeu et un soupçon de bon esprit plus tard, je ne suis pas loin d’accepter d’entamer le visqueux packaging avec les ongles. On ne peut vraiment pas compter sur moi, je sais.
Pour jouer à Battlefield, rien de plus simple. Tout d’abord, il faut installer Origin (le Steam moldave) et télécharger le jeu. Le temps de téléchargement donne l’occase de faire un tour du propriétaire. On pourra ainsi apprécier à leur juste valeur les efforts déployés pour fournir l’expérience utilisateur la plus poussive possible. Seulement 25% téléchargés au bout de trois heures ? Qu’à cela ne tienne, file remplir ton profil Origin, tu vas voir, c’est très simple. Ouh le vilain avatar, change moi cette horreur, malheureux ! Comment ça “tu n’as pas de compte Gravatar associé à cet email” ? Tant pis pour ta bouche, pas de photo de profil pour toi. Ayé, c’est téléchargé ? La bonne nouvelle. Tu n’es plus qu’à un clic sur “Play” de pouvoir jouer ouvrir le server browser Battlelog dans ton Google Chrome. Juré craché, tu es à – ÇA – de rejoindre ta première partie en ligne. Encore un plug-in à installer et on y est. Mais redémarre ton browser d’abord. T’as le bonjour de 2002.

Pas de mouron à se faire, la suite du processus ne dépayse en aucun cas : Battlelog a été pensé par une équipe de tâcherons qui ne trouveraient probablement pas leur recto avec une boussole et une carte du coin (listes d’amis asynchrones entre BL et Origin, matchmaking entre amis toujours pas facilité, server browser pas fiable, bref la totale).
On sent l’hommage à BFBC2 sous Steam, déjà lauréat du prix de l’interface de merde et des friend-lists en double. Réinventer la roue, mais la faire carrée, rester sur ses positions malgré les hurlements de rage de sa propre communauté, c’est là le genre de philosophie que j’attends d’un géant de l’entertainment comme Electronic Arts. Big up.
Voilà pour la croûte de caca. J’ai les paluches toutes sales, mais on va enfin pouvoir parler chiffons. En premier lieu, il convient de rappeler que cette bêta de Battlefield 3 est une vraie bêta. Le genre truffé de bugs et d’aberrations physiques en tout genre, le genre qui plante et qui lag, bref le genre qu’on n’aurait pas idée d’ouvrir au public, encore moins sur consoles. À l’heure des précommandes annulables d’un clic, j’ai du mal à voir cette opération autrement que comme une formidable séance de tir à bout portant dans le genou. Enfin bon, qu’on se rassure : c’est pas comme si EA avait sciemment décidé de faire tourner sa bêta publique sur la plus Call of Duty des maps de Battlef… Ah merde, ça aussi ils ont osé. BALLS OF STEEL les mecs.
Le premier segment en extérieur d’Opération Métro, déjà moqué par les interwebs
Opération Métro donc. La map über-linéaire qu’on imagine dépréciée dès la sortie du jeu : pas de véhicules, des couloirs intérieurs qui succèdent à un champ de snipe en extérieur, là comme ça : ça fait moyen rêver. Et on passe effectivement sa première demie heure à se faire creuser un nouvel orifice au fusil à lunette. Puis on apprend à ramper dans les fourrés comme un patron, à utiliser les feuillages comme couverture et la frustration se tasse. Reste qu’en tant que défenseur, on perdrait volontiers les deux premiers points sans résister tant les gunfights dans la station de métro sont plus rythmées et touffus.
Dès que ça chauffe, Battlefield 3 prend sa pleine dimension et met un taquet bien franc à la concurrence. De la manière dont on balance ses jambes en franchissant un muret jusqu’à la main que l’on tend désespérément en mourant, tous les artifices de body awareness sont mis en places pour nous donner une envergure, une masse et une dynamique. La même impression tangible se dégage des environnements destructibles, mais aussi des armes et de leur physique. Plus que jamais dans un BF, une course à découvert est synonyme de folie, tant le stopping power d’une première balle dans le buffet vous en garanti une seconde dans la cafetière. Alors on rampe, on tente les dissimulations de ninja et les contournements de fourbe. Attention cependant : les neutralisations au contact donnent maintenant lieu à une animation d’égorgement interminable. Les petits comiques qui tenteront le coup au milieu d’un groupe vont apprendre le sens du mot “vulnérable”. À longue distance, les lunettes des snipers scintillent au soleil et trahissent les tireurs embusqués. À moyenne et courte distance, l’utilisation de lampes torches dans les couloirs sombres vous confèrera l’avantage en aveuglant l’ennemi.
Pour ce genre de jolies petites choses et pour bien d’autres, on dit merci Frostbite 2. Un moteur aussi gourmand que spectaculaire, mais qui donne corps à la guerre comme rarement. Pas de surprise de ce côté, les trailers n’avaient pas menti. Pas de surprise non plus côté budget : ma config deux ans d’âge souffle comme un asthmatique au 400 mètres en mode d’affichage High. Sachant qu’il reste un mode Ultra. Grmbl.
Comme pour BFBC2, Dice confirme sa capacité à créer l’immersion complexe d’un conflit armé, mais son inaptitude à organiser logiquement une volée de menus. Le pôle stagiaires s’est donc fendu d’un menu d’options qu’on ne peut appeler que lorsqu’on est en vie (super pratique pour niquer son score) et d’une interface de personnalisation de l’inventaire fractionnée : un volet pour choisir rapidement son équipement, un autre bêtement complexe pour customiser ses armes. Envoyez vos propositions d’interfaces unifiées à Dice, ces mecs sont dans le besoin. Aberrante également la gestion des escouades : on est affecté à un groupe par défaut et on a le choix de le quitter que pour en rejoindre un autre au hasard. Voilà qui s’annonce pratique pratique pour les parties entre potes, puisqu’on n’a pas la possibilité de changer de team non plus. À l’heure actuelle EA et Dice hurlent à qui veut l’entendre que tout cela n’est qu’une interface bêta. Au vu de leurs culture du nawak sur le sujet, j’aurais tendance à répondre “Mouif” mais croisons tout de même les doigts.
Livrer la très mauvaise bêta d’un futur bon jeu, c’est possible. Dice se lève et confirme avec cette bêta publique clouée au sol par une tétrachiée de bugs, un choix de carte complètement à côté du sujet (mais qui se comprend) et une UI à la ramasse. Electronic Arts fait une seconde passe et nous verse sa mélasse sur la tête en imposant Origin (qu’on imagine déjà pourri de pubs d’ici la sortie du jeu) Pourtant, par je ne sais quel tour de passe-passe, j’oublie tout cela une fois l’AK-47 dans les pognes, pour ne garder en tête que la substantifique moëlle du truc : une fois débuggé, ça va dépotter, j’en veux plus, je veux des véhicules, je veux jouer à Battlefield 3 et je suis prêt à payer pour ça. Quelle chiffe-molle.
October 6, 2011 at 1:28 pm
True story, true story.
October 6, 2011 at 1:47 pm
Oui.
Mais c’est tellement bon.
October 6, 2011 at 3:18 pm
Sachant que j’y joue sur console (OH LALALA CEST MAL KIKOO), mais au moins je me tape pas le délire de “je joue sur un browser web comme pour dofus”, je partage globalement ton avis. Après, je suis pas un fan comme toi de BF mais c’est vrai que l’immersion et le sound design de ce jeu m’ont vraiment percuté.
Dommage que mon pc ne tienne pas le coup face à ce monstre…
October 16, 2011 at 2:39 pm
Double liste d’amis, installation calamiteuse…sérieux, rien que ça, me refroidit.
Et ce genre de trucs, c’est pas des bugs qui partiron avec la release finale…
Ça me fait un peu penser à TF2 : malgré tout ce que ce jeu a de géant, la non-optimisation du moteur, la lourdeur de l’interface, me gâche tout le plaisir et je m’en éloigne.
C’est un point sur lequel les jeux indies sont d’ailleurs supers, en général :
très peu de temps à DL et à installer, pas besoin d’une grosse config, et on va rapidement au but.
Merci pour l’article