
Ouh le vilain. Ouh que je l’ai conspué ce L.A. Noire. Depuis l’annonce jusqu’aux premières reviews en passant par sa tripotée de trailers, je n’ai cessé d’être vilain avec le bébé de la Team Bondi. C’est pas ma faute m’sieur le juge, c’est lui là aussi, il voulait rien que nous montrer des cutscenes, nous parler d’interrogatoires, d’issues multiples, d’implication… M’sieur l’juge, sur la tête de ma mère j’ai cru que c’était un frangin de l’autre là… Heavy Rain. Alors bien-sûr, j’étais méfiant tahvu. Donc ouais, je le confesse : j’ai trollé facile, j’ai même attaqué le physique… puis quand les reviews dithyrambiques sont tombées, j’ai discrètement sorti les biftons pour en avoir le coeur net. Bin je me suis fait doucement calmer, m’sieur l’juge, j’suis pas un autre homme, mais pas loin. Comment ça “est-ce que j’ai des preuves” ?
J’ai beaucoup bitché sur le fameux moteur d’animations faciales du dernier Rockstar. Tout d’abord, il faut avouer que les trailers ne lui rendaient pas totalement honneur : à force de plans américains et de plans serrés sur un seul et même individu, on a rapidement tendance à chercher la petite bête plutôt que de s’imprégner de l’action. Alors alors ? Délit de sale gueule ? Clairement pas : voir un amas de polygones se mordre la lèvre, déglutir, s’indigner ou nous servir des sanglots dignes de la Natalie Portman Frowning School, ça laisse quand même bien sur le séant. Les séquences d’interpellations et d’interrogatoires en sortent sans nul doute magnifiées et largement plus captivantes. De là à affirmer que cette percée technologique permet une profondeur infinie de nuances, il n’y a qu’un pas que je me garderai bien de franchir : les regards fuyants et les tics de stress souffrent d’un léger surjeu général, probablement inhérent aux limites de la techno (et à l’absence de vie dans les yeux, évidemment). On ne va pas bouder notre plaisir : ça reste inédit, bluffant et on a enfin droit à des dialogues qui captivent autant par le visuel que par l’écriture. On n’est pas dans Lie to Me, mais on n’est pas dans Maigret. Donc on est un peu beaucoup content.
Dommage que le rendu des lumières donne envie tabasser les gens de la Team Bondi à francs coups de règle d’instituteur : quel intérêt de motion-capturer tous les seconds rôles de la Fox, d’AMC et de HBO si c’est pour éclairer le tout à l’aide de projos de stade de foot ? C’est d’une manière générale trop exposé, ça manque de relief et l’esthétique “film noir” en prend assez souvent pour son grade. Sans être rédhibitoire, ça reste gâché. Tenez, cahier de texte : pour lundi, vous me relancerez Red Dead Redemption.
Laissez moi cinq minutes avec la victime. Ahem.
Ma dernière inquiétude allait au syndrome ”la tronche de The Rock sur le corps de C3PO” (qu’elle était dérangeante ma vallée !) Un décalage trop fort entre les deux et toute l’esthétique du jeu écopait du label “Courtemanche”. Au final, les modèles de persos ont droit à des textures plutôt propres, appuyées par des animations le plus souvent cohérentes vis à vis de l’expression faciale. On découvrira même à la faveur du hasard quelques petites douceurs, comme des chouettes animations d’escaliers montés quatre à quatre et descendus avec fringance (Lara Croft serait fière) ou un héros qui ramasse son chapeau dès que les balles cessent de pleuvoir (Oh hi Indy)
Le Los Angeles de 1947 constitue un bien joli terreau dans lequel Brendan McNamara vient planter le scénario de son jeu d’aventure (car c’est bien de cela dont il s’agit) Alors que les jeunes soldats de retour du front affluent en masse vers la Cité des Anges en quête d’une vie nouvelle, l’ombre du tristement célèbre Dahlia Noir plane et déchaine paranos et fanatiques. La classe ouvrière noie sa tristesse dans les paradis éthérés, le communisme commence à s’insinuer dans toutes les brèches et les rombières rentrent après 23h30, bref : pour le jeune blanc protestant soucieux de la Loi et de l’Ordre, c’est le gros bordel. Cole Phelps, notre alter ego à la gueule de traître, se voit promu au rang de détective et envoyé sur sa première affaire. Une enquête (unité de chapitrage dans le jeu) s’articule autour de trois gameplays : la collecte d’indices, les interrogatoires et les éventuelles échauffourées qui en découlent.
La chasse aux indices constituait probablement ma plus grosse crainte en matière de gameplay, mon cerveau étant encore meurtri par les séquences “FBI” d’Heavy Rain (“ARI commentair…. – TA GUEULE ! “) Ces phases héritées des point & click de nos grand-mères, bien qu’un brin répétitives, s’avèrent tout à fait agréable à jouer. On saluera l’utilisation judicieuse d’effets sonores en lieux et place d’un HUD disgracieux : quelques notes de piano et une vibration du pad annoncent un indice à proximité, la musique se coupe lorsque tous les éléments importants ont été découverts, etc. En revanche, le fait que l’ami Cole se tamponne le coquillart des empreintes digitales et aille foutre ses mains pleines de doigts dans tous les coins ne semble pas inquiéter vos coéquipiers. Moi si : les relevés d’empreintes existent depuis plus d’un siècle… il en est même question dans l’aventure. C’est pas sérieux agent Phelps.
Vous savez, j’arrivais d’Italie, de Turin. À l’époque, j’étais supporter de la Juventus.
Une fois les indices répertoriés dans votre petit carnet Mickey Mystère, il conviendra de filer interroger vos premiers témoins. Le mini jeu rhétorique qui en découle est l’occasion de profiter à fond du couple MotionScan/doublages d’excellence. Ici, pas de retry : accusez à tort, gobez un bobard et l’histoire suit son cours, vous privant d’éventuels indices supplémentaires. Pas de panique cependant : planter un interrogatoire donne parfois lieu à des évènements invisibles pour le détective modèle : jouez à l’instinct, c’est plus fun. J’ai vite pris mon pied à observer mon interlocuteur entre chaque question, à la Nestor Burma ma caille. Certains seront stressés parce qu’ils mentent, d’autres par le simple fait de se faire cuisiner par un flic. Certains vous serviront la poker face du type intouchable, d’autres celle du mec allergique à l’autorité. Bien que pas toujours subtiles ni parfaites, ces boucles d’expressions ont été enregistrées pour être observées : profitez en.
Aussi vrai que Docteur House, c’est pas Mickey Mouse, le boulot de flic à L.A. n’est pas toujours un long fleuve tranquille : certains suspects ou témoins prendront la poudre d’escampette à la seule vue de votre jolie petite plaque de fouille-merde. Le jeu renoue alors (“ENFIN” hurleront certains) avec les mécaniques chères aux productions Rockstar : courses-poursuites à pied ou en voiture, échanges de tir nourris et rounds de boxe anglaise improvisés. Comme pour Red Dead Redemption, les gunfights versent désespérément dans la facilité et le seul véritable challenge réside dans la maitrise du système de couverture, clairement perfectible. Sans être fantastique, le feeling des véhicules enterre celui de Mafia 2 d’une main (pas difficile) et devient rarement un frein au plaisir, sans pour autant en procurer de pleines brouettes. Les courses poursuites à pied offrent en revanche quelques moments cocasses, entre placages à la Starsky et coups de feu en l’air pour se faire respecter.
Une fois le dossier monté, place aux accusations et aux inculpations. En manque de preuves ? Allez-y, inculpez un potentiel innocent : ça fera plaisir à votre hiérarchie et c’est garanti sans game over… Peut-être même que vous ne saurez jamais vraiment si vous aviez tort ou raison. Vicelard ? Assurément, surtout dans les cas de confrontations entre deux suspects qui se renvoient la balle d’une pièce à l’autre. Hey m’sieur Cage, je me suis senti plus impliqué par le possible emprisonnement d’un rouquin lambda que par la vue de ton emmerdeur de Shaun mangeant une pizza froide. Je te laisse y réfléchir.
Dirigiste, L.A. Noire l’est très clairement : une enquête est le plus souvent constituée d’une ligne principale, agrémentée d’arcs courts répondants à vos éventuels échecs ou succès d’enquêteurs (un indice loupé, un lieu visité avant un autre) Il est pourtant de ces jeux au sujet desquels la linéarité n’est pas un handicap, pour un peu que les montagnes russes soient de qualité (remember Arkham Asylum) C’est le cas ici : on enchaîne les enquêtes, on se surprend à essayer de leur trouver un fil rouge avant même que le jeu ne le suggère et on s’amuse de ses théories fumeuses. Le scénario prend le temps d’installer le personnage de Phelps avant de prendre de l’ampleur mais offre d’agréables de moments de “Bon sang Milou, mais c’est bien sûr !” dans la seconde partie du jeu.
Vacuité. C’est là le maitre mot lorsqu’on en vient à parler du Los Angeles dépeint dans L.A Noire : la ville est une immense lithographie n’offrant presque aucun autre plaisir que celui de se déplacer d’un point à un autre. Oh, on pourra bien sûr répondre aux appels radios du Central et aller régler çà et là quelques rapides affaires de troubles de la voie publique. Pour la plupart pliées en un demi chargeur de votre .45, ces séquences ont le mérite de renouer avec l’esprit décalé Rockstar et font ainsi leur petit effet. Ceci mis à part, en dehors de quelques sujets de collectionnite (voitures spéciales, plaques d’immatriculation) c’est le grand Vide. Ce complexe du faux bac à sable, le titre le partage avec feu Mafia 2. Si le défaut était grandement critiquable sur le titre de 2K Czech, j’en comprends facilement les tenants dans le cas de L.A Noire : là ou Vito était un branleur à la petite semaine perdu dans Empire City, l’agent Phelps a une hiérarchie dans le dos et une enquête criminelle devant lui. J’aurais difficilement vu Cole s’accorder le luxe d’aller se payer une paire de tongs entre deux interrogatoires ou de s’en jeter deux-trois derrière le collier dans un gourbi du coin. Los Angeles est une ville immense, un protagoniste à part entière de l’aventure dans le sens où elle est pourvoyeuse de charme, de diversité d’ambiances et d’un nombre incalculable de détraqués en tout genre. Los Angeles n’en reste pas moins une ville immense et cruellement vide. Une longue pression sur le bouton servant à embarquer dans un véhicule confiera le volant à votre coéquipier, troquant ansi l’ennui de la conduite contre un bon vieux loading des familles. Préparez vous à vous en servir. Genre beaucoup.
A l’issue de la vingtaine d’heures qui composent sa trame principale, L.A Noire me laisse le goût d’un jeu bâtard. Un bon petit bâtard, à l’image de ces chiens qui ont la gueule de rien et la gueule de tout, mais une bonne gueule quand même. Le jeu se paye le luxe d’une perçée technologique indéniable avec le MotionScan, mais reste visuellement cloué pas bien haut par un moteur un poil aux fraises et du clipping par paquets de 12. Des dialogues ciselés pour un scénario pas complètement magistral, linéaire sans être ennuyeux, le titre propose cependant une aventure mature et passionante, un cocktail d’ingrédients déjà croisés par le passé mais jamais mélangés jusqu’ici. Un jeu qui fera date pour la vraie porte qu’il ouvre pour d’autres productions futures, un titre qui essaye et qui fait mouche, malgré une jolie tripotée de défauts. Ne pas y jouer serait manquer une expérience. Allez, jouez y, puis ensuite on fera un grand feu de joie avec nos exemplaires d’Heavy Rain. Viendez, ce sera bien.
June 3, 2011 at 10:57 am
Nice review as d’habitude, mais quid de la superiorité versionnique ? X360 ou PS3 ?
June 3, 2011 at 11:33 am
N’ayant testé que la version PS3, je serais fort malhonnête de pousser l’analyse plus loin que : un disque pour PS3, trois pour Xboite ;]